
Les petites histoires de la grande musique
Dans sa chronique diffusée tous les dimanches à 13 heures, Pauline COURTIN vous emmène découvrir les anecdotes, les secrets et les surprises autour des plus grands compositeurs et de leurs œuvres. À écouter à la radio ou en podcast quand vous voulez, ou vous voulez, pour plonger dans l'univers de la musique classique, une grande histoire faite de petites merveilles. Textes de Christophe BARBIER.
Episodes
Maria Teresa von Paradis, la virtuose aveugle qui a fasciné Mozart
Aveugle dès l’enfance, Maria Teresa von Paradis devient pourtant l’une des pianistes les plus admirées de la Vienne du XVIIIe siècle. Elle éblouit les salons, compose grâce à une partition en relief et voit sa vie basculer quand le magnétiseur Anton Mesmer lui rend brièvement la vue… au prix de sa virtuosité. Conseillée par Mozart, qui écrit pour elle un concerto, elle part en tournée et triomphe
Violon des fleurs : un instrument de la Shoah devenu relique
Dans un village belge, un violon longtemps resté sans voix refait surface avec une histoire bouleversante. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il appartenait à un jeune Juif polonais réfugié, arrêté un soir et jamais revenu. Des années plus tard, l’instrument échoit à Catherine, qui découvre enfin son origine et décide de ne plus en jouer. En 2018, elle l’envoie en Israël au luthier Amnon Weinstei
Karl Hermann Unthan, le violoniste sans bras qui a bouleversé l’Europe
Né en 1848 sans bras, Karl Hermann Unthan a pourtant conquis les scènes en jouant du violon… avec ses pieds. Grâce à l’ingéniosité de son père (des chaussons séparant chaque orteil), il développe une virtuosité stupéfiante, jusqu’à se produire en solo avec orchestre. Attraction admirée à Paris, engagé par Johann Strauss, il reçoit même les félicitations de Franz Liszt à Budapest. Plus tard, il met
Mort de Tchaïkovski : le mystère d’un verre d’eau à Saint-Pétersbourg
Fin octobre 1893, Saint-Pétersbourg vit sous la menace du choléra, et les rues se vident à la nuit tombée. Pourtant, Piotr Ilitch Tchaïkovski dîne entre amis et, au milieu du repas, avale un verre d’eau non bouillie — un geste insensé en pleine épidémie, que certains médecins assimileront à un suicide. Quelques heures plus tard, les symptômes apparaissent : quatre jours d’agonie, puis la mort, le
Rossini, le compositeur qui écrivait avec des truffes et du foie gras
À Paris, dans les années 1820, Gioachino Rossini ne se contente pas d’enchanter les scènes : il hante aussi les grandes tables. Au point qu’un chef de la Maison Dorée, Casimir Moisson, baptise un plat devenu mythique — le tournedos Rossini — en l’honneur de ce client prestigieux, amateur de foie gras, de truffe et de sauce au madère. Installé dans la capitale, le créateur du Barbier de Séville fré
Nannerl Mozart, l’enfant prodige qu’on a fait taire
Avant « Wolfie », il y eut Maria Anna Mozart. À 7 ans, « Nannerl Mozart » étonne au clavecin et entraîne Leopold à former aussi son petit frère. Complice intime de Wolfgang, elle compose même dans l’ombre, parfois jouée sous le nom du génie. Mais à 18 ans, son père tranche : place au mariage, silence pour la musique. Après la mort de Mozart, elle défend sa mémoire, puis finit sa vie à enseigner.Hé
Roger Bricoux, le musicien français du Titanic oublié
À Cosne-sur-Loire, une plaque rappelle Roger Bricoux, violoncelliste mort à 20 ans dans le naufrage du Titanic. Embarqué en 1912 avec huit musiciens, il joue toute la nuit pour apaiser les passagers, du restaurant de 1re classe jusqu’aux canots. On ignore le programme exact, mais la légende retient Plus près de toi mon Dieu dans les derniers instants. Son corps n’a jamais été retrouvé — et un imbr
Teresa Milanollo, l’enfant prodige qui apprivoisa un Stradivarius “de Paganini”
À 14 ans, Teresa Milanollo pousse la porte du contrebassiste Domenico Dragonetti, à Londres, en 1841, recommandée par Berlioz. Le collectionneur lui met entre les mains un Stradivarius de 1728, jadis joué par Paganini, et la jeune virtuose l’embrase d’un caprice improvisé. Dragonetti lui prête le violon pour une tournée anglaise triomphale, avant un retour au continent… et des larmes à la séparati
Georges Aubert, le pianiste “possédé” qui a troublé le Paris spirite
Juillet 1891 : lors d’une séance de tables tournantes, le spirite Georges Aubert affirme être guidé par l’esprit du compositeur Étienne Méhul. Presque novice au clavier, il se met pourtant à improviser avec une virtuosité stupéfiante, dans le noir, “pour que le fluide passe”. Accusé de tricherie, il intrigue : ses proches jurent qu’il n’a jamais été musicien, et son jeu paraît mécanique, doigts cr
Marian Anderson, la voix qui fit trembler Washington
Le 20 janvier 1961, par un froid sec à Washington, la voix de contralto de Marian Anderson s’élève lors de l’investiture de John F. Kennedy. Née en 1897 à Philadelphie, la cantatrice s’impose très tôt, malgré une ségrégation qui lui claque des portes au visage. Repérée après un concours en 1925, elle triomphe en Europe, où les préjugés pèsent moins. Aux États-Unis, elle devient un symbole: concert
Nancy Storace, cette Anglaise qui a fait chavirer Mozart
À Vienne, la soprano Nancy Storace devient l’étoile du palais de Joseph II, au point que l’empereur fait annuler son mariage et exile son mari. Mozart, 27 ans, tombe sous son charme : il joue chez elle, compose pour sa voix… et lui offre un rôle immortel, Suzanne dans Les Noces de Figaro. Après le triomphe de 1786 et les bis interdits dès le lendemain, Storace repart en Angleterre ; Mozart lui écr
Louise Farrenc, la compositrice qui a conquis le Conservatoire
Dans les couloirs du Conservatoire de Paris, on remonte le temps jusqu’à Louise Farrenc, compositrice française du XIXe siècle, longtemps restée dans l’ombre. Portée par l’éducation musicale que lui offre son père puis par l’appui indéfectible de son mari éditeur, elle s’impose aussi comme pédagogue. Nommée professeure en 1842, elle forme des générations d’élèves et finit par obtenir, après des an
Louise Bertin, la compositrice qui a fait plier Victor Hugo
À 26 ans, fragile mais déterminée, Louise Bertin veut devenir compositrice et vise un coup d’éclat à Paris. Elle obtient de Victor Hugo le livret d’un opéra tiré de Notre-Dame de Paris, malgré son refus de “mettre de la musique sur ses vers”. Créée à l’Opéra en 1836 sous le titre La Esmeralda, l’œuvre est victime d’une cabale politico-mondaine et disparaît après six représentations.Hébergé par Aud
La Traviata, ou l’art de croire à la seconde chance
Verdi transforme un scandale parisien en opéra‑coup de poing : La Traviata, née de La Dame aux Camélias, raconte comment les conventions brisent l’amour. Mais en 1853, à La Fenice, la censure et un casting bancal sabotent la première : Violetta paraît trop "saine", le ténor est malade, le baryton boude. Fiasco sur le moment, triomphe ensuite : Verdi mise sur le temps… et gagne.Hébergé par Audiomea
Pourquoi La Malibran s'appelait-elle… La Malibran ?
New York, hiver 1826. Maria Garcia, dix-sept ans à peine, éblouit les salles d'opéra américaines aux côtés de son père tyrannique, le ténor Manuel Garcia. Pour échapper à ses menaces, elle épouse un homme d'affaires quinquagénaire, Eugène Malibran, qui lui donne son nom… et l'entraîne dans ses faillites successives. Maria le quitte, rentre en Europe, et entame une carrière triomphale sous le nom q
Giovanni-Francesco Grossi, dit Siface, le castrat qui défiait tout
Giovanni-Francesco Grossi avait tout : une voix sublime qui faisait pleurer les cours d'Europe, des cachets astronomiques, des maîtresses aristocrates. Le 12 février 1653, il naît en Toscane et choisit très jeune la castration pour préserver son timbre exceptionnel. Surnommé Siface après un triomphe à Venise, adulé à Londres où Purcell compose pour lui, ce ténor de légende multiplie aussi les capr
Fanny Mendelssohn, le génie derrière le nom
En 1842, à Londres, la reine Victoria chante un lied qu’elle croit signé Félix Mendelssohn… avant d’apprendre qu’il est de sa sœur, Fanny. Élevée dans l’ombre, brillante pianiste et compositrice, elle voit ses œuvres publiées sous le nom de son frère pour être entendues. Elle finira pourtant par imposer sa signature, laissant 466 partitions, avant de mourir foudroyée en plein concert en 1847, à 41
Antoinette de Saint‑Huberty, la diva qui chantait au milieu des complots
Cantatrice star de la fin du XVIIIe siècle, Antoinette de Saint‑Huberty traverse Révolution et cours d’Europe comme une héroïne de roman. Divorcée d’un mari tyrannique, protégée de Louis XVI, elle épouse le comte d’Antraygues et le suit entre Paris, la Russie de Catherine II et l’Italie napoléonienne, au gré des intrigues diplomatiques. Exilée en Angleterre, elle est finalement assassinée en 1812,
Berlioz, l’exil à Nice avant le retour à la vie
À Nice, Hector Berlioz reprend souffle, carnet en main, entre plage, tavernes et billard, tandis que la police le surveille avec méfiance. Il comprend enfin l'impasse de son histoire avec Marie Moke. L'inspiration revient : Roi Lear, puis Lélio, comme un sursaut après la tempête. Expulsé pour « espionnage », il rentre à Rome, puis à Paris. Harriet Smithson finira par l'épouser, Marie non — et Berl
Berlioz, la jalousie au bord du gouffre à Gênes
Deux pistolets sur un lit, un costume de soubrette et une diligence vers Paris : Hector Berlioz, trahi, frôle l’irréparable. Parti pour tuer la famille Moke, il perd son déguisement en route, improvise, puis vacille sur les remparts de Gênes avant de tomber à l’eau. Repêché et calmé, il choisit finalement la musique plutôt que le crime, et reprend la route vers Nice, encore habité par le tumulte.H
Quand le Prix de Rome brise les fiançailles d’Hector Berlioz
À Rome, Berlioz devrait savourer son triomphe, mais chaque jour sans lettre de Camille creuse l’angoisse d’un fiancé exilé. Quand il apprend à Florence que sa belle-mère a arrangé un mariage avec le pianiste Camille Pleyel, sa victoire au Prix de Rome se fissure comme un décor en carton-pâte. Ce courrier brutal, qui l’enjoint même à ne pas se suicider, transforme le rêve romain en tragédie sentime
Berlioz, l’amour plus fort que les barricades
Hector Berlioz joue son destin amoureux et musical au printemps 1830 : pour épouser la pianiste Marie Moke à Paris, il doit conquérir le Prix de Rome et écrire La mort de Sardanapale. Tandis que grondent les Trois Glorieuses, le jeune compositeur s'enferme à l’Académie des Beaux-Arts, partagé entre révolution et passion. Ce deuxième épisode du podcast déroule ce roman vrai, où l’ambition artistiqu
Berlioz, le jour où la jalousie faillit tuer
Le 1er avril 1831, à Florence, Hector Berlioz lâche la musique pour un fantasme de meurtre. Lauréat du Prix de Rome et exilé à la Villa Médicis, le compositeur apprend que sa fiancée Marie Moke a épousé le riche facteur de pianos Camille Pleyel à Paris. Dans cette fureur romantique, jalousie, trahison et Symphonie fantastique s’entrelacent comme une partition prête à exploser.Hébergé par Audiomean
Le coup de canne qui tua Lully
Le 8 janvier 1687, Lully dirige son Te Deum pour Louis XIV quand survient la catastrophe : un coup de canne sur l'orteil déclenche une gangrène mortelle. Le compositeur refuse obstinément l'amputation – il ne peut renoncer à la danse, ce plaisir essentiel – et cette vanité scelle son destin. Le 22 mars, après avoir composé « Pécheur, pécheur, il faut mourir », le maître de la musique baroque s'éte
Granados, noyé pour l'amour d'Amparo
Le 24 mars 1916, le compositeur espagnol Enrique Granados rentre d'un triomphe américain – son opéra Goyescasovationné au Met, un concert à la Maison-Blanche. Mais à quinze heures cinquante-cinq, une torpille allemande éventre le Sussex au large de Dieppe. Repêché in extremis, Granados aperçoit sa femme Amparo en train de couler. Il replonge. Ils se noient ensemble. Le navire, lui, flottera encore
La nuit fatale d'Henri Purcell : une porte close, une vie brisée
Londres, novembre 1695 : ivre, Henri Purcell frappe en vain à sa porte, sa femme française refuse de lui ouvrir et le laisse dormir dehors dans le froid mordant de la nuit. Cette nuit d'errance dans les ruelles londoniennes sera fatale au compositeur de 35 ans, déjà atteint de tuberculose : quelques jours plus tard, il s'alite et s'éteint le 21 novembre 1695. Le podcast de Pauline Courtin raconte
Alessandro Stradella : génie baroque, destin tragique
26 février 1682, Piazza Bianchi à Gênes. On découvre au matin le corps poignardé d'Alessandro Stradella, trente-neuf ans, compositeur prodige au destin fulgurant. Né à Bologne en 1643, il conquiert Rome avant d'être emprisonné pour avoir organisé de faux mariages. À Venise, il séduit la maîtresse d'un riche négociant et s'enfuit avec elle. Premier attentat : il survit de justesse, poignardé en ple
Bellini : mort suspecte à Paris
23 septembre 1835, villa de Puteaux. Vincenzo Bellini s'éteint à trente-trois ans après dix-huit jours d'agonie. Le compositeur de Norma et de La Somnambule, Légion d'honneur depuis le triomphe des Puritains, meurt isolé du monde. Le couple Levys, qui l'héberge, interdit l'accès à sa chambre. Même le baron d'Aquino se voit refouler par le jardinier. Bellini est soigné par un médecin italien sans d
Bizet : la malédiction du chiffre trois
3 juin 1875, Opéra-Comique, trente-troisième de Carmen. Au troisième acte, Célestine Galli-Marié chante "La mort, toujours la mort" et s'effondre en hurlant : "Bizet est mort !" À Bougival, le compositeur vient de rendre l'âme. Georges Bizet avait trente-six ans. Trois mois plus tôt, le 3 mars, Carmen essuyait un échec retentissant devant Massenet, Gounod et Offenbach. Épuisé, il était parti se re











